10/01/2009

Survoler le berceau de l'Humanité en ballon

© laurence latour

 

 

Repérage sur le Lac Elementaita au Kenya
en vue d'un prochain survol en ballon dirigeable à pédales

00:07 Écrit par Laurence Latour | Lien permanent | Commentaires (0)

09/01/2009

Les oeillères ou les yeux ouverts?

 

 

Piscine_Lodge

Les oeillères ou les yeux ouverts?

 

 

Nous quittons les enfants de GilGil
un peu déboussolés pour organiser
le vol en ballon du lendemain.


Mike, notre chauffeur,
nous conduit jusqu'aux lodges de Günter,

un autrichien qui propose des vols
en montgolfière au-dessus de la Vallée du Rift.

Nous arrivons juste à temps
pour voir le soleil se coucher sur le lac.

 

Panoramique_Elementaita_Soir

 

Le lieu est absolument somptueux et paisible,
Günter est charmant
et attentionné envers son personnel,
il nous réconcilie avec les blancs,
les « muzungus » du Kenya.
C'est déjà ça.

 

Lodge

 

Reste à digérer le luxe
qui contraste tellement
avec le niveau de vie
de la plupart des gens. 
Et surtout, les enfants
que nous venons à peine
de quitter *.


On règle les détails avec Günter,

la nuit tombe, la pénombre et le silence

nous apaisent profondément
après ces 9 jours d'activité,

d'écoute et de questionnement
intenses.


Avec Stéphane,
on a enfin deux minutes
pour se parler.
Il  ressent les choses
exactement comme moi,
on ne sait que penser,

on ne sait que faire
devant cette misère.
On est là, dans ce lieu
qui ressemble au paradis
partagés entre l'envie
de rêver et l'urgence d'aider.

Mike nous rejoint.
Nous tentons de lui expliquer
ce qui nous taraude,
il comprend bien,

il vit avec une Canadienne
venue au Kenya
travailler pour une ONG.

Et surtout,
il a marché le même chemin

que les enfants de GilGil,

il a grandit dans un bidonville

de Nairobi.

A 6 ans, il faisait les poubelles des hôtels
pour trouver de quoi manger le midi,

il y avait toujours de quoi manger
le soir chez lui, il ne sait
pas comment sa mère se débrouillait
pour nourrir ses 3 frères, sa soeur
et les deux enfants de sa soeur,

mais c'était comme ça :
un repas le soir
et les poubelles le midi.

Ou le trafic de colle.

Je me souviens des yeux injectés
de glu des enfants qui mendient
aux carrefours de Nairobi.

Quel monde.


Heureusement il y a des gens
comme Christian
qui croient qu'on peut changer les choses,
cette espérance peut sembler dérisoire
tant le défi est grand,
car malheureusement, quoi que l'on fasse,
il y aura toujours des riches et des pauvres,
des gens malades et d'autres en bonne santé,
il y aura toujours des guerres,
des ouragans, des assassins et des crève-la-faim.
Alors que faire ?

Faut-il vivre avec des œillères
ou risquer d'ouvrir les yeux ?


Stéphane demande à Mike ce qu'il pense,
il aimerait faire voler tous les enfants de GilGil
dans la montgolfière quand nous reviendrons faire ce reportage
mais n'est-ce pas totalement futile
pour ces enfants qui vivent une vie si dure,

n'est-ce pas dérisoire d'investir
autant d'argent et d'énergie
dans ce vol qui leur procurera
1 heure de bonheur
et puis plus rien,

n'est-ce pas encore plus terrible de les faire venir
dans ce lieu tellement luxueux,
inaccessible ensuite ?


Et Mike eut cette réponse magnifique,
il répondit que le rêve et l'espérance
sont indispensables pour ces enfants,

il nous expliqua qu'il n'aurait jamais eu
la force et l'envie de s'en sortir s'il n'avait pas
connu
autre chose que son bidonville.

 

 

Mike

avec Mike, à 3000 mètres au-dessus de la terre

Stéphane, je te remercie profondément
pour ce voyage terriblement éclairant
sur la condition humaine,
l'engagement et ses limites,
le rêve et la détermination,
bref, sur le sens de la vie

ni plus ni moins.

 

Laurence

 


* nous n'avons pas dormi dans la lodge, Suzanne nous a invitée à passer la nuit
dans sa maison et nous avons passé la soirée à parler de son travail
pour les enfants de GilGil

21:51 Écrit par Laurence Latour | Lien permanent | Commentaires (0)

Les enfants de GilGil

 

 

GilGil

photo Christian Pillard


 

LES ENFANTS DE GILGIL


La rencontre avec les enfants de GilGil
fut un autre moment fort de ce voyage au Kenya.
C'est Suzanne qui nous accueille.
Elle est américaine,
c'est une ancienne athlète.

Jadis elle s'est entraînée
pour participer aux jeux olympiques
et dans sa chambre rudimentaire,
la seule chose qui ne fait pas
strictement partie des besoins primaires,
ce sont ses altères.
A part cela : rien de superflu,
tout juste de quoi dormir et se vêtir.

Suzanne vit à GilGil 6 mois par an,
avec 32 enfants qu'elle a recueilli
avec l'aide de quelques personnes sur place

et le soutien financier des donateurs
qui parrainent un enfant.


Ces enfants dont certains ont le sida
n'ont plus de parents, ils sont morts
ou incapables de les nourrir.
Certains ont été recueillis par leurs grand-mères
trop pauvres et fatiguées pour s'occuper d'eux.
D'autres vivaient dans la rue.

Suzanne nous raconte
la terrible histoire de chacun.

Peter, qui a le bras cassé,
fut jeté par son père
de l'autre côté de la frontière.

Mary n'est plus là, elle a la diphtérie et la malaria,
les médicaments pour la soigner coûtent
150 euros par mois, une fortune au Kenya.

Un autre garçon dont j'ai oublié le prénom,
le rigolo dans le coin avec son pull rayé rouge et bleu
qui sourit sans arrêt,
vient de finir ses études de mécanicien.
Ils l'ont recueilli tout jeune et aujourd'hui,
avec le soutien de l'équipe,

il vient d'ouvrir un atelier de réparation vélos.

Suzanne est tellement heureuse pour lui,

c'est contagieux ce bonheur,
cette envie d'être utile.
Je lui demande pourquoi elle fait ça,
pourquoi elle a décidé de consacrer
sa vie
à ces enfants il y a plus de 10 ans :
« Ici j'ai senti que je pouvais être utile
et puis, je ne peux pas avoir d'enfant.
Je ne serai jamais maman
mais ces enfants je les aime
comme s'ils étaient les miens»,
me confie-t-elle.


Stéphane et moi sommes bouleversés
par tant de malheur et de générosité
en même temps.


Les petites regardent mon collier
et me demandent combien coûte
mon appareil photo.
Que c'est difficile d'avoir
la chance que j'ai d'être née
au bon endroit, au bon moment.

Je pense à la suite du programme,
en soirée on quittera les enfants
pour rencontrer Günter
dans un lieu somptueux
pour préparer le vol en ballon
du lendemain au-dessus du Lac Elementaita.

Je n'ai pas l'envie d'y aller,
avec l'argent du vol en ballon
peut-être on pourrait sauver
un enfant de plus.


Je regarde Stéphane,
il semble aussi perdu que moi.


Mary a rassemblé les enfants dans la plus grande pièce,
on se serre les uns contre les autres
pour regarder
les photos du ballon et les vidéos de Stéphane
au-dessus de la Manche.


La petite fille à côté de moi me demande
à quoi ça sert ce ballon.
je cherche mes mots,
je ne sais que répondre,
je ne dis rien,
elle me sourit et se colle à moi.

 

 

 

 

 

 

18:01 Écrit par Laurence Latour | Lien permanent | Commentaires (0)

08/01/2009

L'empreinte du ballon

 

Traces

 

L'empreinte du ballon


Contrairement à la jeep
et au buffle
le dirigeable à pédales
ne laisse aucune trace
de son passage.
Il traverse le ciel
sans laisser la moindre
trainée de kérosène

10:11 Écrit par Laurence Latour | Lien permanent | Commentaires (0)