09/01/2009

Les oeillères ou les yeux ouverts?

 

 

Piscine_Lodge

Les oeillères ou les yeux ouverts?

 

 

Nous quittons les enfants de GilGil
un peu déboussolés pour organiser
le vol en ballon du lendemain.


Mike, notre chauffeur,
nous conduit jusqu'aux lodges de Günter,

un autrichien qui propose des vols
en montgolfière au-dessus de la Vallée du Rift.

Nous arrivons juste à temps
pour voir le soleil se coucher sur le lac.

 

Panoramique_Elementaita_Soir

 

Le lieu est absolument somptueux et paisible,
Günter est charmant
et attentionné envers son personnel,
il nous réconcilie avec les blancs,
les « muzungus » du Kenya.
C'est déjà ça.

 

Lodge

 

Reste à digérer le luxe
qui contraste tellement
avec le niveau de vie
de la plupart des gens. 
Et surtout, les enfants
que nous venons à peine
de quitter *.


On règle les détails avec Günter,

la nuit tombe, la pénombre et le silence

nous apaisent profondément
après ces 9 jours d'activité,

d'écoute et de questionnement
intenses.


Avec Stéphane,
on a enfin deux minutes
pour se parler.
Il  ressent les choses
exactement comme moi,
on ne sait que penser,

on ne sait que faire
devant cette misère.
On est là, dans ce lieu
qui ressemble au paradis
partagés entre l'envie
de rêver et l'urgence d'aider.

Mike nous rejoint.
Nous tentons de lui expliquer
ce qui nous taraude,
il comprend bien,

il vit avec une Canadienne
venue au Kenya
travailler pour une ONG.

Et surtout,
il a marché le même chemin

que les enfants de GilGil,

il a grandit dans un bidonville

de Nairobi.

A 6 ans, il faisait les poubelles des hôtels
pour trouver de quoi manger le midi,

il y avait toujours de quoi manger
le soir chez lui, il ne sait
pas comment sa mère se débrouillait
pour nourrir ses 3 frères, sa soeur
et les deux enfants de sa soeur,

mais c'était comme ça :
un repas le soir
et les poubelles le midi.

Ou le trafic de colle.

Je me souviens des yeux injectés
de glu des enfants qui mendient
aux carrefours de Nairobi.

Quel monde.


Heureusement il y a des gens
comme Christian
qui croient qu'on peut changer les choses,
cette espérance peut sembler dérisoire
tant le défi est grand,
car malheureusement, quoi que l'on fasse,
il y aura toujours des riches et des pauvres,
des gens malades et d'autres en bonne santé,
il y aura toujours des guerres,
des ouragans, des assassins et des crève-la-faim.
Alors que faire ?

Faut-il vivre avec des œillères
ou risquer d'ouvrir les yeux ?


Stéphane demande à Mike ce qu'il pense,
il aimerait faire voler tous les enfants de GilGil
dans la montgolfière quand nous reviendrons faire ce reportage
mais n'est-ce pas totalement futile
pour ces enfants qui vivent une vie si dure,

n'est-ce pas dérisoire d'investir
autant d'argent et d'énergie
dans ce vol qui leur procurera
1 heure de bonheur
et puis plus rien,

n'est-ce pas encore plus terrible de les faire venir
dans ce lieu tellement luxueux,
inaccessible ensuite ?


Et Mike eut cette réponse magnifique,
il répondit que le rêve et l'espérance
sont indispensables pour ces enfants,

il nous expliqua qu'il n'aurait jamais eu
la force et l'envie de s'en sortir s'il n'avait pas
connu
autre chose que son bidonville.

 

 

Mike

avec Mike, à 3000 mètres au-dessus de la terre

Stéphane, je te remercie profondément
pour ce voyage terriblement éclairant
sur la condition humaine,
l'engagement et ses limites,
le rêve et la détermination,
bref, sur le sens de la vie

ni plus ni moins.

 

Laurence

 


* nous n'avons pas dormi dans la lodge, Suzanne nous a invitée à passer la nuit
dans sa maison et nous avons passé la soirée à parler de son travail
pour les enfants de GilGil

21:51 Écrit par Laurence Latour | Lien permanent | Commentaires (0)

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