09/01/2009

Les enfants de GilGil

 

 

GilGil

photo Christian Pillard


 

LES ENFANTS DE GILGIL


La rencontre avec les enfants de GilGil
fut un autre moment fort de ce voyage au Kenya.
C'est Suzanne qui nous accueille.
Elle est américaine,
c'est une ancienne athlète.

Jadis elle s'est entraînée
pour participer aux jeux olympiques
et dans sa chambre rudimentaire,
la seule chose qui ne fait pas
strictement partie des besoins primaires,
ce sont ses altères.
A part cela : rien de superflu,
tout juste de quoi dormir et se vêtir.

Suzanne vit à GilGil 6 mois par an,
avec 32 enfants qu'elle a recueilli
avec l'aide de quelques personnes sur place

et le soutien financier des donateurs
qui parrainent un enfant.


Ces enfants dont certains ont le sida
n'ont plus de parents, ils sont morts
ou incapables de les nourrir.
Certains ont été recueillis par leurs grand-mères
trop pauvres et fatiguées pour s'occuper d'eux.
D'autres vivaient dans la rue.

Suzanne nous raconte
la terrible histoire de chacun.

Peter, qui a le bras cassé,
fut jeté par son père
de l'autre côté de la frontière.

Mary n'est plus là, elle a la diphtérie et la malaria,
les médicaments pour la soigner coûtent
150 euros par mois, une fortune au Kenya.

Un autre garçon dont j'ai oublié le prénom,
le rigolo dans le coin avec son pull rayé rouge et bleu
qui sourit sans arrêt,
vient de finir ses études de mécanicien.
Ils l'ont recueilli tout jeune et aujourd'hui,
avec le soutien de l'équipe,

il vient d'ouvrir un atelier de réparation vélos.

Suzanne est tellement heureuse pour lui,

c'est contagieux ce bonheur,
cette envie d'être utile.
Je lui demande pourquoi elle fait ça,
pourquoi elle a décidé de consacrer
sa vie
à ces enfants il y a plus de 10 ans :
« Ici j'ai senti que je pouvais être utile
et puis, je ne peux pas avoir d'enfant.
Je ne serai jamais maman
mais ces enfants je les aime
comme s'ils étaient les miens»,
me confie-t-elle.


Stéphane et moi sommes bouleversés
par tant de malheur et de générosité
en même temps.


Les petites regardent mon collier
et me demandent combien coûte
mon appareil photo.
Que c'est difficile d'avoir
la chance que j'ai d'être née
au bon endroit, au bon moment.

Je pense à la suite du programme,
en soirée on quittera les enfants
pour rencontrer Günter
dans un lieu somptueux
pour préparer le vol en ballon
du lendemain au-dessus du Lac Elementaita.

Je n'ai pas l'envie d'y aller,
avec l'argent du vol en ballon
peut-être on pourrait sauver
un enfant de plus.


Je regarde Stéphane,
il semble aussi perdu que moi.


Mary a rassemblé les enfants dans la plus grande pièce,
on se serre les uns contre les autres
pour regarder
les photos du ballon et les vidéos de Stéphane
au-dessus de la Manche.


La petite fille à côté de moi me demande
à quoi ça sert ce ballon.
je cherche mes mots,
je ne sais que répondre,
je ne dis rien,
elle me sourit et se colle à moi.

 

 

 

 

 

 

18:01 Écrit par Laurence Latour | Lien permanent | Commentaires (0)

Les commentaires sont fermés.